Les richesses artistiques de Thieux

Elles se concentrent pricipalement dans la modeste église Saint Médard. Celle-ci, malgré son clocher "fin XIXème", a une belle nef du XVIème siècle mais c'est surtout son mobilier qui est remarquable. Il provient, en grande partie, d'achats effectués après la Révolution par l'abbé Dedianne, curé de Thieux sous l'Empire.
C'est une histoire qui commence à la mort de Louis XIV.


Eglise-nef


La fortune des Gibert
Jean Baptiste Alexandre, le premier banquier de la famille
A la mort de Louis XIV, la France est ruinée. Les caisses du royaume sont vides. Les dettes de l'Etat énormes. Heureusement, le Régent, Philippe d'Orléans est d'une nature totalement différente de celle de son oncle: bon vivant et pacifique, il s'empresse de faire la paix avec tous les ennemis d'hier, à commencer par l'Angleterre et la Hollande (Alliance de La Haye). Cependant, les économies réalisées sur le budget militaire ne remplissent pas les caisses! C'est alors que se présente un homme providentiel dont les anglais n'ont pas voulu: l'écossais John Law, inventeur du billet de banque. Le Régent qui n'a rien à perdre, lui ouvre les bras et Law  ouvre sa banque, rue Quincampoix.
C'est à ce moment-en 1716- qu'arrive à Paris un jeune briard qui veut quitter la terre et trouver un emploi en ville: Jean-Baptiste Alexandre Gibert, natif de Rosoy en Multien. Il a 24 ans. Il est embauché dans la nouvelle banque.

John Law  Ce John Law a des idées géniales, maheureusement un peu trop en avance sur son temps! D'abord, il veut remplacer la monnaie d'or et d'argent par des billets au porteur, ensuite, il veut mettre en valeur notre colonie d'Amérique: la Louisiane. Au début, tout va très bien. Les gens riches, aristocrates et commerçants, qui n'osaient pas montrer leur richesses sous Louis XIV de peur de subir le sort du pauvre Fouquet, sortent leur or et se précipitent pour le changer contre des billets ou des actions de la Companie des Indes opérant en Louisiane. Ils n'hésitent plus à faire décorer leurs hôtels ou leurs châteaux. En quelques années l'économie est relancée et les dettes de l'Etat effacées.

Au milieu de cette euphorie, Jean-Baptiste Alexandre garde la tête froide et conserve tous ses gains sous forme métallique, or et argent. Il a bien raison car la réussite de Law lui attire des ennemis, le duc de Bourbon et les banquiers concurrents comme les frères Paris.
En 1720, les billets de Law valent plus que leur équivalent en or et les actions de la Compagnie des Indes atteignent des sommets! C'est alors que ses ennemis vendent leurs actions et demandent le remboursement de leurs billets. Le système Law s'effondre et son créateur s'enfuit!
Jean-Baptiste Alexandre s'en sort bien. Il est riche. Malheureusement pour lui, il meurt prématurément en 1727 alors qu'il est encore célibataire et sans enfant. Son argent va donc à ses neveux, ce qui permettra à un de leurs enfants, le jeune Guillaume-Toussaint qui, lui aussi, veut quitter la terre, de s'acheter une charge de notaire à Paris.





Guillaume-Toussaint Gibert, seigneur de Thieux (1749, Le Plessis-Placy - 1820, Paris)
En 1783, à 34 ans, il ccommence une carrière de notaire, quartier du Louvre, rue St-Honoré "près les écuries du Roi". La même anné, il épouse, à St Roch, Victoire Félicité Fontenilliat, fille du seigneur de Villarceaux et autres lieux. Ils auront 5 enfants:
Arthur Louis
Sophie Camille
Edouard Léopold
Achille Louis
Esther Augustine

 Le 16 novembre 1791
, Guillaume-Toussaint achète le château de Thieux. Son épouse meurt 3 ans plus tard, le jour de Noël, à l'âge de 30 ans.
            Un oratoire lui est consacré dans l'église de Thieux.Oratoire de Mme Gibert
Plaque Mme Gibert
Pendant la Révolution, le chatelain qui n'est pas aristocrate, n'est pas inquiété. Il peut même se permettre de racheter le collège de Juilly vendu comme bien national pour le restituer plus tard aux pères oratoriens...Après la Révolution, son ascension continue: en 1803, il est nommé receveur général de l'Oise et en 1806, il devient régent de la Banque de France nouvellement créée par Napoléon. Il meurt légitimiste sous la Restauration, le 21 avril 1820. Il est inhumé au Père Lachaise. Sa tombe est, parait-il, ornée d'une statue. Il n'en reste rien!

Les moines dans l'euphorie de la Régence
 Lorsque l'austérité de la Maintenon disparait avec Louis XIV, il n'est pas jusqu'aux Dominicains de St Thomas d'Aquin qui ne veulent s'offrir quelque décor dans le style nouveau! Saisis de fièvre dépensière, ceux qu'on appelle alors les Jacobins, s'adressent à l'architecte des Bâtiments du Roi, Robert de Cotte, pour embellir la chapelle St Louis de leur église des novices. Ils veulent, en particulier, des lambris sculptés rivalisant avec ceux de Notre-Dame! L'architecte confie cette opération au dessinateur Denis Jossenay et au sculpeur François Roumier. Ceux-ci conçoivent des décors dans le nouveau style "rocaille" qu'on appellera aussi "rococo", plein de feuilles, de fleurs, de torsades et d'angelots. Le travail est exécuté entre 1723 et 1726 mais, lorsqu'il est terminé, les bons pères ont à nouveau le sens de l'économie et refusent de payer le sculpteur! Il s'ensuit un procès, les moines arguant que le sculpteur n'a pas exécuté ce qui était prévu, le sculpteur répondant que les moines eux-même lui avaient demandé des modifications en cours d'exécution. Un expert est nommé grâce auquel une description complète des sculptures est établie.
La Révolution devait faire du nom des Jacobins le synonyme de révolutionnaires radicaux et centralisateurs pour la bonne raison que ceux-ci avaient chassé les moines et fait de leurs locaux leurs lieux de réunion. Pour faire bonne mesure, ils avaient débarrassé l'église du noviciat de tous ses décors et autres bondieuseries et les avaient vendus aux enchères.
Il faudra attendre Mérimée et les inspecteurs des Monuments Historiques pour que l'on s'intéresse à ces oeuvres dispersées. En 1876, ils publient "l'Inventaire général des richesses d'art de la France". Dans cet énorme ouvrage, l'inspecteur Paul de Saint Victor, se basant sur l'expertise effectuée lors du procès avec les Jacobins, donne une description complète des sculptures de Roumier pour l'église St Thomas  d'Aquin. Il conclut: "Ces sculptures et ces tableaux ont entièrement disparu..."
On devait les retrouver un siècle plus tard, dispersées dans différentes églises de banlieue.

L'abbé Dédianne
En 1806 arrive à Thieux un nouveau curé, l'abbé Dédianne. C'est un amateur d'art et, avec l'aide financière de Guillaume-Toussaint, nouveau Régent de la Banque de France, il va s'employer à entasser dans son église toutes sortes d'oeuvres d'art dispersées par la Révolution et qu'il rachète chez des brocanteurs. De tous ces achats, il reste encore 26 tableaux malgré les destructions opérées par l'humidité.C'est encore bien plus qu'on en peut accrocher sur les murs de cette petite église! D'autant que ces murs sont déjà couverts de lambris sculptés de diverses provenances. A tout cela il faut ajouter pas moins de 32 stalles!
Tombe de l'abbé Dédianne

Tombe de l'abbé Dédianne dans le cimetière de Thieux. Décédé le 28 août 1830, à l'âge de 72 ans. Ce qui semble une deuxième tombe contre la première est, en fait, le socle d'une petite stèle qui porte l'inscription suivante:
    "Monument de reconnaissance érigé à leur digne et bien aimé pasteur par les habitants de Thieux et Compans"


Le Docteur Pons
Né en 1954, Bruno Pons fait des études de médecine avec une thèse, en 1981, sur une pathologie rénale mais, ensuite, tout en assurant des consultations à l'hôpital et en poursuivant des recherches sous la direction du Pr de Gennes, il ne peut s'empêcher de s'adonner à sa passion pour l'Art!
Il entreprend une thèse sur les sculpteurs ornemanistes parisiens du XVIIIème siècle sous la direction du Pr Albert Châtelet. Cette thèse est soutenue à l'université de Strasbourg en 1982. Elle est éditée par cette université en 1986. Dans cette thèse, il révèle sa découverte d'une partie des oeuvres de Roumier dans l'église de Thieux et dans celle de Sceaux.
Ayant pris connaissance de l'inventaire des sculptures de St Thomas d'Aquin et retrouvé leurs dessins dans un musée anglais, le hasard l'a conduit dans l'église de Thieux où il a aussitôt identifié les sculptures de Roumier. Un même hasard lui a permis de découvrir un autre panneau de ce sculpteur dans l'église de Sceaux.
A l'occasion d'une visite de l'église de Thieux, organisée en 1987 par l'association des Amis des Monuments et des Sites de S & M, M. Paul Hartmann nous a présenté les panneaux de Roumier indentifiés par Bruno Pons. En 1995, j'ai cherché à joindre le docteur Pons pour connaître les circonstances qui l'avaient amené à Thieux et à Sceaux. On m'a répondu qu'il était mort, le 7 juin, à l'âge de 40 ans...Une courte vie, bien remplie!

Suite
En 2001, nous avons reçu la visite, à Thieux, de M. Daniel Hofnung de la Direction des Bâtiments communaux de la mairie d'Ivry. La commune ayant entrepris la restauration de l'église St Pierre et St Paul voulait mettre en valeur trois belles stalles qui s'y trouvaient. L'architecte qui dirigeait ces travaux, Mme Anne Bossutrot, voyant leur qualité et leur style, pensait qu'il s'agissait d'oeuvres de Roumier. Elle envoyait donc M. Hofnung s'en assurer en les comparant aux stalles de Thieux. Effectivement c'étaient leurs soeurs jumelles.Stalle Ivry Ainsi, il y avait donc au moins trois églises de banlieue renfermant quelques unes des oeuvres de Roumier dispersées à la Révolution.             Misericordede stalle de Thieux                                               
                                           


Ivry                                                                            




                                         Thieux    
       
           
    
              
                                                                              
       

     
                                                                                                                                                            







Quelques oeuvres de Roumier dans l'église de Thieux
, photographiées avant leur restauration.


Visitation
La Visitation




Entrée à Jérusalem
                                      L'entrée à Jérusalem



St Louis

Saint Louis, caractérisé par une double couronne d'épines et de fleurs de lys.
La tête de St Louis, taillée dans une pièce de bois rapportée, date sans doute du XVIIème siècle. Elle a été entourée d'un décor Louis XV.



    Moïse

       





       Moïse:
les rayons qui frappent son
         front symbolisent la communication
           avec Dieu

















A partir de 2004, une opération de restauration est entreprise grâce à MMme Billat et Didier, conservateurs respectivement des antiquités de S & M et des Monuments Historiques d'Ile deFrance.

Après leur restauration, on peut admirer les stalles de Roumier:
Stalles de Roumier


























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